Grille AGGIR expliquée simplement : comprendre le GIR de son parent
La grille AGGIR détermine le niveau de dépendance de votre parent et conditionne l'APA. Voici comment fonctionne chaque GIR, de 1 à 6, et comment se déroule l'évaluation.

Grille AGGIR expliquée simplement : comprendre le GIR de son parent
La grille AGGIR (Autonomie Gérontologique Groupes Iso-Ressources) est l'outil d'évaluation officiel utilisé en France pour mesurer le degré de perte d'autonomie d'une personne âgée. Elle classe chaque individu dans l'un des six Groupes Iso-Ressources (GIR), du plus dépendant au plus autonome. Ce classement conditionne directement l'attribution et le montant de l'Allocation Personnalisée d'Autonomie (APA).
Pour un proche aidant, comprendre le GIR de son parent, c'est comprendre pourquoi il bénéficie d'un certain niveau d'aide et comment faire valoir ses droits en cas de sous-évaluation. Voici une lecture claire, niveau par niveau, de cet outil souvent perçu comme opaque.
Ce que mesure vraiment la grille AGGIR
La grille AGGIR évalue la capacité d'une personne à accomplir seule les actes essentiels du quotidien, sans aide humaine ou technique. Elle ne mesure pas un diagnostic médical : une personne atteinte d'une maladie grave mais encore autonome peut tout à fait relever d'un GIR élevé (faible dépendance).
L'évaluation porte sur dix-sept variables regroupées en deux catégories. Les variables dites discriminantes sont celles qui pèsent le plus dans le calcul du GIR :
Cohérence : capacité à se comporter de manière sensée et à communiquer de façon cohérente
Orientation : capacité à se situer dans le temps, l'espace et par rapport aux autres
Toilette : se laver seul, haut et bas du corps
Habillage : s'habiller, se déshabiller, choisir ses vêtements
Alimentation : se servir et manger seul
Élimination : assurer l'hygiène liée aux besoins naturels
Transferts : se lever, s'asseoir, se coucher seul
Déplacements intérieurs et extérieurs
Communication à distance : utiliser un téléphone, sonner une alarme
Pour chaque variable, l'évaluateur attribue l'une de trois mentions : A (fait seul), B (fait partiellement) ou C (ne fait pas). La combinaison de ces mentions produit un score qui positionne la personne dans un GIR.
Les 6 niveaux GIR détaillés avec des exemples concrets
Chaque GIR correspond à un profil de dépendance précis. Voici ce que représente concrètement chaque niveau.
GIR 1 : dépendance totale
La personne a perdu toute autonomie mentale et corporelle. Elle est confinée au lit ou au fauteuil, nécessite une présence continue et des soins permanents. Exemple typique : un patient en phase avancée de démence, incapable de communiquer, grabataire.
GIR 2 : dépendance lourde
Deux profils coexistent dans ce groupe. Le premier est une personne confinée au lit ou au fauteuil, avec des fonctions mentales préservées mais nécessitant une aide pour la quasi-totalité des actes corporels. Le second est une personne dont les fonctions mentales sont altérées mais qui se déplace encore, avec des comportements problématiques (errance, agitation nocturne). Exemple : une personne atteinte d'Alzheimer modéré à sévère qui marche encore mais ne reconnaît plus ses proches.
GIR 3 : dépendance partielle avec autonomie mentale conservée
La personne a conservé ses capacités mentales mais présente une dépendance physique partielle, notamment pour la toilette et les transferts. Elle peut se déplacer avec aide. Exemple : une personne après une fracture du col du fémur, lucide, mais incapable de se lever seule ou de gérer sa toilette complète.
GIR 4 : aide ponctuelle pour les actes corporels essentiels
La personne n'assume pas seule son transfert et sa toilette, mais se déplace à l'intérieur du logement et s'alimente seule. Ou bien elle a besoin d'aide pour les repas et les médicaments, sans dépendance corporelle marquée. Exemple : une personne âgée qui se lève avec difficulté, ne peut pas se laver le dos ni les pieds, mais reste active mentalement et socialement.
GIR 5 : autonomie préservée, aide ponctuelle
La personne assure seule les actes essentiels mais a besoin d'aide pour des tâches instrumentales : ménage, courses, préparation des repas. Exemple : une personne de 82 ans, vive intellectuellement, qui se déplace bien mais ne peut plus porter ses courses ni entretenir son appartement. Le GIR 5 n'ouvre pas droit à l'APA nationale, mais peut ouvrir à des aides locales.
GIR 6 : autonomie totale
La personne accomplit seule tous les actes de la vie quotidienne. Elle n'a pas besoin d'aide humaine régulière pour les actes essentiels. Les GIR 5 et 6 n'ouvrent pas droit à l'APA.
Comment se déroule concrètement l'évaluation AGGIR
L'évaluation est réalisée à domicile par une équipe médico-sociale mandatée par le Conseil Départemental, après dépôt d'une demande d'APA. En Seine-et-Marne, cette équipe se compose généralement d'un médecin ou d'un infirmier et d'un travailleur social.
Voici ce qui se passe lors de la visite :
L'évaluateur observe et interroge la personne sur ses capacités réelles, pas sur ce qu'elle faisait avant.
Il prend en compte ce que la personne fait effectivement, et non ce qu'elle pourrait faire avec de la motivation ou de l'entraînement.
Il peut interroger les proches aidants ou les professionnels intervenant déjà au domicile.
Il remplit la grille AGGIR et propose un plan d'aide adapté au GIR retenu.
Un point souvent mal connu : la personne évaluée a tendance à minimiser ses difficultés par fierté ou par habitude. Il est recommandé qu'un proche soit présent lors de l'évaluation pour compléter ou nuancer les réponses, en restant factuel.
GIR et APA : le lien direct avec les aides financières
Le GIR détermine le plafond du plan d'aide APA, c'est-à-dire le montant maximum que le Conseil Départemental accepte de financer pour couvrir les heures d'aide à domicile. Plus le GIR est bas (dépendance élevée), plus le plafond est important.
Les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l'APA. Les GIR 5 et 6 en sont exclus, même si des aides complémentaires existent via les caisses de retraite (Carsat, MSA) ou les mutuelles. Un professionnel coordinateur peut vous aider à identifier ces financements alternatifs selon la situation.
Peut-on contester le GIR attribué à son parent ?
Oui, et c'est plus courant qu'on ne le pense. Une sous-évaluation du GIR se produit notamment quand la personne minimise ses difficultés lors de la visite, quand l'état de santé s'est dégradé depuis la dernière évaluation, ou quand certaines variables n'ont pas été correctement appréciées.
La procédure de recours se fait par voie amiable d'abord (courrier au Conseil Départemental), puis contentieuse si nécessaire. Une réévaluation peut être demandée à tout moment en cas d'aggravation de l'état de santé, sans attendre la révision périodique habituelle. Les professionnels de l'aide à domicile qui interviennent régulièrement sont souvent les mieux placés pour signaler une dégradation observable.
Questions fréquentes sur la grille AGGIR
Quelle est la différence entre le GIR et le niveau de soins médicaux ?
Le GIR mesure l'autonomie fonctionnelle au quotidien, pas l'état médical. Une personne peut être très malade tout en restant classée GIR 5 si elle accomplit seule ses actes essentiels. À l'inverse, une personne en bonne santé physique mais désorientée peut relever du GIR 2. Les soins médicaux relèvent de l'assurance maladie (infirmiers libéraux, HAD), pas de l'APA.
Comment se passe une réévaluation du GIR ?
La réévaluation suit le même protocole que l'évaluation initiale : visite à domicile par l'équipe médico-sociale. Elle peut être déclenchée à la demande de la famille, du médecin traitant ou du service d'aide à domicile, notamment après une hospitalisation ou une chute. Il n'y a pas de délai minimum à respecter entre deux évaluations si l'état de santé le justifie.
Le GIR peut-il s'améliorer ?
Oui, dans certains cas. Après une hospitalisation ou une période de convalescence, une personne peut récupérer de l'autonomie et passer d'un GIR 3 à un GIR 4, par exemple. Dans ce cas, le plan d'aide est révisé à la baisse. L'inverse (aggravation) est plus fréquent, mais les deux situations existent et appellent une réévaluation.
Pourquoi mon parent refuse-t-il l'évaluation ?
Le refus d'évaluation est fréquent. Il traduit souvent la peur d'être jugé, de perdre son indépendance ou d'être placé en établissement. Il est utile de rappeler à votre parent que l'évaluation vise à obtenir de l'aide pour rester chez soi, pas à décider d'un placement. L'appui du médecin traitant, figure de confiance, peut lever ces résistances.
Combien de temps après la demande d'APA l'évaluation a-t-elle lieu ?
Le délai légal est de soixante jours à compter de la réception du dossier complet par le Conseil Départemental. En pratique, les délais varient selon les départements et les périodes. En Seine-et-Marne, il est conseillé de déposer le dossier dès les premiers signes de perte d'autonomie, sans attendre une situation de crise.
L'essentiel à retenir
La grille AGGIR classe la perte d'autonomie en six niveaux (GIR 1 à 6) : du plus dépendant au plus autonome.
Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l'APA ; les GIR 5 et 6 peuvent bénéficier d'autres aides selon la caisse de retraite.
L'évaluation se fait à domicile : la présence d'un proche lors de la visite est recommandée pour éviter la sous-évaluation.
Le GIR peut être contesté ou réévalué à tout moment si l'état de santé évolue.
Le GIR mesure l'autonomie fonctionnelle, pas le diagnostic médical : les deux notions sont indépendantes.
Si vous avez un doute sur le GIR de votre parent ou si vous souhaitez l'accompagner dans ses démarches, rapprochez-vous d'un service d'aide à domicile de votre secteur : les équipes qui interviennent au quotidien connaissent ces procédures et peuvent vous orienter efficacement.


